Benoît Mitrecey

Mise en Cène

59x390cm, 2003-2004, tirage numérique

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Le photographe déforme les langages de l'art, les codes de la photographie et s'approprie une redéfinition caricaturale du portrait, mêlée d'absurdité, d'ironie et d'ouvertures.

En abordant le thème religieux de la Cène, le photographe poursuit ses recherches sur l'autoportrait – image du Divin;  – en incorporant son personnage dans une histoire, un contexte religieux sous forme d'une saynète ou d'une fresque parodiant un acte sacré.

Il propose diverses séries de la symbolique religieuse en la recontextualisant à l'époque contemporaine : le moment où Jésus-Christ réunit ses disciples autour d'un repas. Les aliments ou accessoires suggèrent un vide et un manque de convivialité. L'absurdité est évidente puisque chaque personnage est vêtu de la même tenue (chemise de couleur orange) contrastant avec le fond tapissé qui n'est pas sans évoquer les photographies de salles de bain. Le décor ne joue pas un rôle important mais il sert de liaison entre les différents personnages qui semblent eux parfois n'avoir aucun lien entre eux. L'ennui, l'agitation, le mépris, la désinvolture, le pédantisme, la retenue, le narcissisme, par exemple, sont entrevus à travers les diverses postures et attitudes. L'un des personnages lit une revue où le portrait de Benoît Mitrecey apparaît.

C'est alors un jeu de miroir, de renvoi et de redondance du Moi, traité à son paroxysme notamment par les cadres exposés au dessus de la scène principale : l'image de l'autoportrait sature la scène et l'artiste devient omniprésent à l'exception de la place centrale, idéalement occupée par Jésus Christ, qui reste vacante, telle une invitation pour le spectateur à imaginer la posture hypothétique de B. M. C'est encore l'occasion pour l'artiste de détourner cette omnipotence en la déniant par son absence.

Au dessus de chaque personnage, les photographies, souvent assemblées sous forme de diptyque, renvoient au même thème et semblent communiquer avec les situations du dessous en suggérant une infinité de lectures et de situations.

© Benoît Mitrecey, textes : Marie-France Groussard / BM